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La nana, elle voulait juste se trouver une petite robe coquette.

La nana, elle voulait juste vider son livret A ce jour-là précisément dans les fringues.

Alors elle partit faire du shopping, le nez au vent, l’humeur joyeuse et pleine d’entrain sous le bras.

Premier magasin, elle trouva rapidement une douzaine d’articles à son goût, la journée commençait délicieusement bien. (la toute vérité vraie, elle en avait repéré plus, mais bon). Elle se dirigea vers les cabines d’essayage avec ses jolies trouvailles, mais c’était sans compter sur la police des douanes l’attendant de pied ferme au péage.

"C’est 5 articles maxi". 

Regard noir sur le bras pliant sous le poids de la mode. 

Evidemment, la nana avait choisi entre autres le même article en 3 tailles différentes, au cas où elle aurait

maigri/grossi/gardé sa taille de jeune fille/ rêvé.

Après réflexion et agacement, la nana rentra avec 5 articles objets du litige dans la cabine des Polly Pocket, ne sachant où poser ses malheureux cintres : 2 porte-culottes en guise de porte-manteaux, et un tabouret (une aubaine). On en parle de ses fichus porte-manteaux?

Elle accrocha tant bien que mal ses articles, et posa son beau sac en cuir sur le sol poussiéreux où une petite aiguille traînait sa pointe. Elle fit tenir son manteau par-dessus les robes choisies, par l’opération du Saint-Esprit, et posa son écharpe sur le tabouret.

La nana ferma d’un coup sec le rideau qui s’ouvrit de l’autre côté. Elle le tira à nouveau dans le sens inverse : sans surprise, il ouvrit grand sa bouche de l’autre côté. Aaaah, c'est la crise du tissu dans cette boutique (et ce n'était pas la seule apparemment).

La nana abandonna, elle comprit que la lutte ne servirait à rien, les passants verraient un bout de sein ou de jambe et pis c’est tout. C'est vraiment jour de soldes pour tout le monde.

Elle se baissa pour poser ses bottes et se cogna l’arrière-train contre le miroir, grossissant. Puis elle se déshabilla : tant pis, les manches de son joli pull, son t-shirt et les jambes de son pantalon traîneront par terre, rapport au petit tabouret minuscule des Minipouss (là vous visualisez bien, n’est-ce-pas).

Un petit coup de chaleur se fit sentir, la nana rosit gentiment des joues et regarda ses aisselles moites sous les jolies lumières blanches blafardes spécial Halloween. Sauf que ce n'est pas le thème du jour. ( Pourquoi donc toujours ces fichues lumières qui ne flattent personne? Ils n'ont décidément pas envie qu'on achète, c'est pas possible).

Elle se scruta par 2 fois, en descendant son regard sur son ventre et ses belles cuisses.

Fallait-il croire ce qu’elle était en train de voir ? Ce matin son miroir lui avait laissé un joli teint, aidé d’un peu de poudre de soleil, et une belle peau lisse, avec de mignons sous-vêtements scrupuleusement choisis pour l’occasion. Elle ne voyait maintenant que vagues déferlantes de cellulite et dunes de bourrelet bien en règle, le teint blanc comme après une bonne semaine de gastro intensive.

La nana perdit le sourire qui l’avait amenée jusque-là, essaya en hâte et sans conviction ses 5 robes en faisant tomber 5 fois son manteau. Pas une ne lui convenait, trop large, trop étroite, trop laide, trop, trop, trop….pas assez.

Elle pensa à son vélo d’appart’, et se rhabilla tant bien que mal, le cheveu ébouriffé et les sourcils en bataille. La nana était fort contrariée.

Elle remit son butin d’enfer à la douanière, s’en alla et rentra directement chez elle, l’entrain du matin s’était volatilisé. Adieu les soldes, se dit-elle.

Elle arriva chez elle, posa son manteau sur un grand porte-manteau (un normal, quoi), se déshabilla pour prendre une douche bien méritée, et se coucha, le moral dans les (vieilles) chaussettes.

Le lendemain, elle passa devant son miroir, et fût surprise. Elle leva les sourcils, puis se dit :

"ben ça va finalement, y’a pire, pfff !"

Son teint n'était pas si mal que ça, et la cellulite jouait à cache-cache ce matin (elle n'avait certes qu'une ampoule à côté du miroir, ça aide).

Elle sourit, pleine d’auto-empathie (elle avait beaucoup travaillé sur elle, ou bien dormi).

Un espoir pointa le bout de son nez :

Le miroir du magasin, tel un mauvais méchant garçon, lui avait renvoyé dans la face ses faiblesses et ses défauts ; à présent, elle savait que d’autres seraient bienveillants envers elle…

Une nouvelle journée venait de commencer, tout était possible alors.

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* image Pixabay libre de droit.

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